Les sources de la législation islamique

 

Les sources de la législation islamique

Les quatre sources principales

Le Coran


Le Coran est la parole divine révélée au prophète Muhammad (PBDL). Il est le dernier livre envoyé aux hommes par Dieu. Il représente pour les musulmans une parole absolue qui prend son sens au delà des événements et contingences de l’histoire. Il traite de tous les aspects de la vie des hommes : le politique, le social, l’économie, le culturel… Il est par conséquent la principale source de référence dans la jurisprudence islamique.
D’après les exégètes l’impératif dans le Coran introduit l’obligation. Le verbe « Juge » adressé au prophète lui donne l’ordre de juger les gens à partir de ce que Dieu lui a révélé. Ce verset ne lui laisse aucun choix. Beaucoup d’autres versets de ce type abondent dans le même sens et insiste sur le principe de la primauté du caractère référentiel du Coran dans la législation islamique.



Etant profondément convaincus de la supériorité du Coran sur toute autre référence, y compris la parole du Prophète (PBDL), les compagnons avaient l’habitude de dire au Messager de Dieu après une décision : « est-elle une révélation ou relève-t-elle de votre point de vue ? » Si le messager leur répondait qu’elle était une révélation, leur adhésion était totale. Dans le cas contraire ils confrontèrent leur point de vue à celui du Prophète (PBDL). Par conséquent, à l’unanimité, les musulmans considèrent le Coran comme étant la première source de référence dans la législation islamique.

La Sunnah


Le mot arabe (as-sunna) signifie la voie ou la tradition selon les linguistes. Quant aux jurisconsultes, ils définissent la sunna comme « l’ensemble de ce qu’a dit, fait ou approuvé Muhammad ( PBDL) dans le cadre de la législation. »
La Sunna est considérée comme la seconde source du droit musulman. Elle permet d’appréhender, de comprendre et d’assimiler les grands objectifs de la révélation (maqasid ash-shâri’a).
Elle explique, commente et complète parfois les enseignements contenus dans le Coran. La Sunna est par conséquent le meilleur commentaire du coran. La mère des croyants Aïcha avait répondu à celui qui demandait les qualités du Prophète (PBDL ) : « ses qualités traduisaient exclusivement le Coran. »
Le caractère référentiel de la Sunna (hujiyyatu-as-sunna) est l’objet d’injonction divine dans plusieurs versets coraniques. Nous pouvons, à titre d’exemple, citer « Oh les croyants ! Obéissez à Dieu et obéissez au messager… » Dans un autre verset Dieu s’adresse à l’humanité tout entière en ces termes : « Quiconque obéit au messager, obéit certainement à Dieu.. »
Pour montrer l’importance qu’occupe la Sunna du Prophète (PBDL) dans la législation islamique, l’Imam ash-Shâfi’î l’assimile au coran et considère les deux sources comme un seul corpus.

Al-Ijma’ : le consensus


L’Ijma’ est le consensus des juristes musulmans autour d’une question relative à des cas d’espèces après la mort du Prophète. Abdul Wahab Khalaf, le définit comme suit : « Al Ijmâ’ c’est l’accord de l’ensemble des jurisconsultes musulmans sur un jugement dans une époque bien déterminée après la mort du Prophète (PBDL ). »
En effet, le caractère référentiel de l’Ijmâ’ réside, entre autre, dans ce verset où Dieu dit : « Et quiconque fait scission d’avec le Messager après que la bonne direction lui soit clairement explicitée et qui suit un sentier autre que celui des croyants, alors Nous le détournerons comme il s’est détourné et le jèterons dans la Géhenne. Et quelle mauvaise destination ! »
Dans un hadith rapporté par l’Imam Ahmad, le Prophète (PBDL ) dit : « Dieu ne réunira jamais ma nation dans l’égarement. » C’est à partir de ces arguments et d’autres que les juristes musulmans, plus particulièrement les Malikites, ont considéré l’Ijmâ’ des ‘Ulémas comme la troisième source de référence du droit musulman.

Al-Qiyâs : le raisonnement par analogie

Le Qiyâs, la déduction ou le raisonnement par analogie, selon les juristes désigne la procédure consistant à juger un cas juridique non mentionné dans les Textes, en le comparant à un autre semblable, pour lequel une prescription existe dans l’une des trois premières sources (le Coran, la Sunna ou le Consensus), sur la base de la raison d’être (al-’illa) de la prescription.
Le Qiyâs est par conséquent fondé sur l’Ijtihâd qui signifie : fournir un effort intellectuel d’interprétation, en l’absence de texte de référence, pour formuler un jugement. Quant à son caractère référentiel, il faut le rechercher dans le hadith de Mu’âdh Ibn Jabal lorsque le Prophète l’envoya au Yémen pour qu’il y exerce les fonctions de juge. Le Prophète (PBDL) lui demanda : « Sur quoi fonderas-tu ton jugement ? Sur le livre de Dieu ! répondit Mu’âdh. Et si le jugement ne s’y trouve pas ? Sur la tradition du Prophète. Et si tu n’y trouves rien ? Alors je mettrai en œuvre toutes mes facultés intellectuelles en vue de formuler mon jugement. Sur quoi, le Prophète (PBDL) conclut : Louanges à Dieu Qui a facilité au messager du Messager de Dieu (Mu’âdh) d’adopter une position qui coïncide avec l’agrément du Prophète. »
C’est à ce titre que le Qiyâs est considéré comme la quatrième source du droit musulman. Chaque cas de qiyâs doit comprendre les quatre constituants suivants :

1/ Al-Asl : le cas principal, c’est le cas (événement, situation, acte, comportement, etc.) au sujet duquel une prescription existe dans un texte du Coran, de la Sunna ou à partir de l’Ijma’. Il est appelé référence de la comparaison ou de l’analogie.
2/ Al-Far’ : le cas d’espèce, c’est le cas nouveau (événement, situation, acte, comportement, etc.) sur le-quel les Textes ne se prononcent pas et auquel on veut appliquer la prescription valable pour le cas principal. Il est appelé objet de la comparaison ou de l’analogie.
3/ Hukm al-Asl : le jugement du cas principal, c’est la prescription divine mentionnée dans le texte qui statue sur le cas principal et que l’on veut étendre au cas d’espèce al far’.
4/ Al-’Illa : la raison d’être, le critère sur lequel se fonde le jugement du cas principal. C’est la présence de ce même critère dans le cas d’espèce qui permet d’y étendre la prescription valable pour le cas principal. Telles sont les quatre sources principales du droit musulman qui requièrent l’unanimité des savants, plus particulièrement ceux des quatre écoles juridiques.

 

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